Category Archives: Pathologies

Sida : histoire d’une épidémie

Il y a 30 ans, des chercheurs français découvraient le virus du sida. Des années 81-83, avec les premiers cas et les découvertes des chercheurs de Pasteur, jusqu’à nos jours et les recherches actuelles porteuses d’espoir, découvrez l’histoire de cette maladie.

A découvrir sur le site www.allodocteurs.fr un dossier spécial sur l’histoire du SIDA qui reprend à partor de différentes périodes clés l’historique de ce fléau.

 

 Autre documentaire à découvrir

Des hystériques en mouvement : assignation et libération des corps ?

Engagement des médecins et discours thérapeutiques dans la seconde moitié du XIXe siècle en France

Tout au long du XIXe siècle, une partie substantielle du champ médical se focalise sur cette « pathologie » aux contours troubles qu’est l’hystérie. Elle produit une littérature médicale, intéressante du point de vue de l’histoire des corps féminins en mouvement et de la manière dont les acteurs de l’époque mobilisent les « théories » biologiques – et donc du genre -, sur fond de métamorphoses de l’épistémologie médicale. Au sujet de l’hystérie, mouvements des corps et efficacité thérapeutique entrent dans une dialectique singulière : les discours médicaux sur une éducation physique féminine oscillent entre d’évidentes logiques d’assignation aux normes sociales associées à la féminité et une « libération » sous contrôle et modérée des corps. Dans ce cadre, l’engagement des médecins n’entérine pas uniquement une situation préexistante. Bien au contraire, les médecins, édifiant la mère en pilier de l’habitus social bourgeois, participent à la stabilisation d’un différentialisme sexuel, scientifiquement fondé. En nous focalisant sur l’hystérie, nous dévoilons, à l’interstice entre médecine et pédagogie, quelques éléments d’une histoire de la circulation des discours « pour un mouvement qui soigne » les corps féminins hystérisés.

> en savoir plus

La rationalité médicale à l’épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500)

Confrontée à la nouveauté que constitua l’arrivée de la peste en Occident, la médecine savante fut apparemment mise à rude épreuve. Son inadéquation n’était-elle pas visible face à ce défi pratique ?

Pourtant, l’étiologie astrologique du fléau resta assez strictement naturaliste (la grande conjonction de 1345 fut considérée comme la cause de la putréfaction de l’air tenue elle-même pour responsable de la Peste Noire de 1348).

Quant au recours aux empirica merveilleux ou magiques, il fut relativement limité et toujours encadré par une logique d’application respectueuse de la théorie médicale : qu’il s’agisse des gemmes ingérées comme des médicaments ou bien portées en amulettes, ou même des sceaux astrologiques talismaniques.

> en savoir plus

L’hermaphrodite dans le cabinet du médecin de la fin du XVIIIe au XXe siècles

Le XIXe siècle s’est intéressé avec insistance à la question de l’hermaphrodisme et de l’ambiguïté sexuelle. De nombreux cas, depuis le XVIIIe jusqu’au milieu du XXe siècle, ont été observés au plan de l’anatomie et de la physiologie et questionnés sur l’orientation de leurs désirs. Autour de ces cas extrêmes et étranges, les médecins ont âprement débattus. Leurs récits soulignent à quel point il était difficile pour eux aussi de se situer en tant qu’individu sexué, face à un patient au genre indéfinissable.

Dans le cadre de recherches engagées en histoire de l’art et de la photographie, on se demandera comment l’émotion interfère dans l’interprétation et le fondement du jugement du médecin pour déterminer l’assignation du patient dans l’un des deux sexes. Il sera intéressant de voir aussi comment l’émotion est engendrée par une certaine conception idéologique de l’hermaphrodisme, devenue obsolète dans les premières années du XXe siècle. Cette question sera évaluée dans une perspective historique, à partir de quatre types de documents. Les nombreuses observations cliniques des médecins sont une mine de renseignements sur les émotions contradictoires éprouvées par le corps médical : l’hermaphrodite fait sortir les médecins de leur réserve. L’exceptionnel document qu’est le journal d’un hermaphrodite du XIXe siècle, réédité par Michel Foucault en 1978, ainsi que les photographies d’un hermaphrodite par Nadar, nous permettront aussi d’analyser l’émotion du patient soumis à un examen crucial, ainsi que sa propre perception du trouble du médecin. Enfin, la littérature « médico-libertine », comme la définissait Michel Foucault, inspirée d’observations réelles, nous fera prendre la mesure de l’expression des fantasmes des auteurs, eux-mêmes médecins.

> en savoir plus

Le saturnisme

Bien que le saturnisme soit décrit dès 1894, son origine ne sera découverte qu’au début du XXe siècle : l’affection est causée par le carbonate de plomb (ou céruse) utilisé dans la composition de certaines peintures.

Si l’intoxication est parfois difficile à déceler au départ, elle peut aboutir à la mort pour les cas les plus graves. En France, l’utilisation professionnelle de ce produit sera réglementée dès 1915 puis interdite en 1926. Le céruse restera toutefois utilisé pour la fabrication artisanale de peinture jusqu’en 1948, date à laquelle l’interdiction frappera aussi les particuliers.

Le saturnisme réapparaissant en France dans les années 80, un arrêté de février 1993 interdira définitivement l’importation de peinture à base de certains sels de plomb.

> en savoir plus

Histoire de l’histoire des maladies au XIXème siècle

Communication proposée en 1982 par le Dr Vincent-Pierre COMITI, chargé de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à l’occasion du 28ème congrès international d’histoire de la médecine sous la présidence de J.-Ch. Sournia.

> voir l’article

Épidémies et maladies infectieuses dans l’Histoire

Livret documentaire paru dans le cadre des Cafés histoire-actualité de l’association Thucydide en mars 2006.

L’intervenant, Didier RAOULT est professeur de Microbiologie à la faculté de Médecine de Marseille où il dirige une unité de recherche du CNRS et un Institut Fédératif de recherche sur les maladies infectieuses. Auteur de plusieurs ouvrages et de 800 articles scientifiques internationaux, il dirige le plus grand laboratoire hospitalier de microbiologie en France. Spécialisé dans les maladies infectieuses nouvelles, il a décrit plus de 50 organismes pathogènes nouveaux pour l’homme, dont le plus gros virus connu sur terre (Mimivirus) . Il a créé un centre collaborateur OMS sur les maladies transmises par les insectes et les tiques.

Expert reconnu, il a écrit en 2003 un rapport sur le bioterrorisme et les maladies contagieuses pour le gouvernement et dirige le conseil scientifique microbiologique du laboratoire de haute sécurité (P4) de l’INSERM à Lyon.

> voir l’article

Petite histoire du cancer

Le cancer existe depuis des siècles, l’histoire du cancer se confond avec celle des hommes, avec celle de la médecine.

Une maladie vieille comme le monde

L’étude minutieuse des fossiles préhistoriques par les paléopathologistes révèle que le cancer est une très ancienne affection.
Outre l’exemple de Cro-Magnon, nombreux sont ceux, et plus anciens, qui semblent l’attester. La grotte de Lazaret (près de Nice) a livré les restes fossilisés d’un enfant de 9 ans, décédé il y aurait quelques 120 000 ans, des suites d’une tumeur des méninges. Dans le papyrus Ebers (datant d’environ 15 siècles av. J.C.) le cancer fait partie des affections que décrivent ses 877 paragraphes. Il esquisse même une première classification des tumeurs.

Du Ve siècle av. J.C. à la fin du Ve siècle ap. J.C.

Hippocrate comme un mouvement d’humeur

Du Ve siècle av. J.C. au XIXe siècle, la médecine est dominée par les principes d’Hippocrate. Les grandes civilisations qui vont successivement dominer le bassin méditerranéen assurent la conservation et la transmission des connaissances hippocratiques, tout en les enrichissant de corrections ou de nouveautés.

La médecine occidentale est fondée sur le principe d’un équilibre entre quatre éléments contenus dans le corps : les humeurs.

Le corps humain contient quatre humeurs :
 La bile (« bile jaune ») qui est dans la « vésicule du fiel ».
 Le sang dont le siège est le foie.
 Le phlegme (ou lymphe) qui réside dans les poumons.
 La bile noire (ou atrabile) qui occupe la rate.

La maladie apparaît dès lors que l’une des substances accuse une déficience ou un excès, dès lors qu’elle n’est plus correctement mêlée avec les autres.
De là, la nécessité de purger, de saigner pour rétablir un équilibre des humeurs qui redonnera la santé.

Avec la théorie humorale, Hippocrate établit les principes d’une « médecine rationnelle » qui tente de s’écarter de la magie et des recettes empiriques.
Il recherche les causes des maladies par l’observation et applique des remèdes spécifiques.

Pour Hippocrate, le « carcinome » (le cancer) est le résultat d’un « excès de la bile noire ».
Il prétend « qu’il vaut mieux ne pas traiter ceux qui ont des cancers occultes. Les malades meurent bientôt s’ils sont traités, s’ils ne le sont pas, ils vivent plus longtemps ».

Les connaissances médicales s’enrichissent grâce à l’autorisation de pratiquer les premières dissections humaines. La connaissance du corps humain devient la base de la science médicale.

L’avènement d’une médecine gréco-romaine

Galien reprend, fait connaître et progresser la médecine hippocratique. Il est l’auteur de quelques 500 ouvrages. Ce fut un grand anatomiste, mais ses découvertes sont limitées par le fait qu’il n’a le droit de disséquer que des animaux.
Après Hippocrate, c’est le « second père de la médecine ».

Comme Hippocrate, Galien voit dans le cancer la conséquence d’un « déséquilibre de la bile noire ».
Galien préconise, pour les « cancers apparents » : l’ablation, la cautérisation ou la destruction de la tumeur par une pâte caustique à base d’arsenic.
« Il est possible d’empêcher les cancers commençant de faire des progrès en purgeant la bile noire » (Galien).

Jusqu’au XVIIe siècle, les « théories humorales » d’Hippocrate et de Galien seront les seules explications médicales des maladies cancéreuses.

Du Ve siècle à la fin du XVe siècle

Byzance hérite de Rome

Oribase (environ 325 – 403) rédige une collection médicale en 70 volumes qui assurera la suprématie de la médecine hippocrato-galénique en Occident jusqu’à la révolution française.

Les médiateurs arabes

Vers 900, toute la médecine d’Hippocrate et de Galien est traduite et accessible en langue arabe. Avicenne rédige le Canon, en 5 volumes qui, traduit en latin dès le XIIe siècle, restera un classique de la médecine jusqu’au XVIIe siècle. La pharmacopée est essentiellement constituée de plantes curatives : dans ses oeuvres, Hippocrate cite 230 plantes qui guérissent, Galien mentionne quelques 450 plantes médicinales dans son « Art de guérir », Avicenne énumère 650 plantes médicinales curatives.

Contre le cancer, Avicenne prescrit un traitement à base d’Arsenic et de saignées, de purgations et de décoctions de plantes diverses.

La première faculté de médecine

Le Moyen-Age est une époque de conservation des enseignements d’Hippocrate et de Galien, de traduction (en latin) et de transmission. Les monastères jouent, dans cette entreprise, un rôle fondamental.

Le premier centre médical occidental s’ouvre à Salerne (Italie) vers 750. Les oeuvres d’Hippocrate et de Galien y sont traduites en latin à partir de l’arabe.
À partir du XIIIe siècle, les universités se multiplient. Certaines se dotent d’une faculté de médecine.
Une profession nouvelle, sortie des couvents qui l’avaient abritée durant des siècles, s’organise et s’épanouit : celle de médecin.
La connaissance médicale se laïcise. Dans les facultés des grandes villes, des hommes qui n’appartiennent pas à l’église s’attribuent le monopole de la guérison.

Dans sa « Grande chirurgie » (1364), Guy de Chauliac, lorsqu’il traite du cancer, reste fidèle aux grands maîtres que furent Hippocrate et Galien, Avicenne etc. La formation du cancer résulte d’une perturbation des humeurs causées par une mauvaise médication.

Concernant « la curation du chancre », Guy de Chauliac préconise : « âges et choses pendues au col ; par aventure plus y fait la confiance que la propriété. De ceux-cy sont toutes les herbes capillaires et principalement la scrophulaire, laquelle pour cette raison est nommée l’herbe chancreuse. Et l’émeraude et le saphir portez, sont bons contre le chancre. »

Du XVe au milieu du XIXe siècle

Décrire le corps

Comme ailleurs, l’humanisme en médecine se traduit par un retour aux « classiques » : Hippocrate, Galien, etc. C’est l’époque des grandes synthèses médicales comme celle d’Ambroise Paré (oeuvres, 1575), mais aussi celle de l’anatomie descriptive dont le Flamand Vésale (1514 – 1564) est un des plus illustres artisans.

Lorsqu’il traite du chancre (le cancer), Ambroise Paré (1509 – 1590) reprend encore des leçons hippocrato-galéniques : « Les causes sont deux : antécédente et conjointe. La cause antécédente provient d’une manière de vivre produisant un sang épais, mélancholique et limoneux… La cause conjointe est humeur mélancholique, arrestée à la partie, après ébullition. Le sang qui est plus doux et moins mauvais, et a acquis seulement une qualité plus chaude, cause le chancre non ulcéré. Lorsque cest humeur influe à la partie, s’eschauffe et devient âcre et malin, fait le chancre ulcéré. Or le chancre devient plus chaud et furieux par alimens qui eschauffent le sang et par courroux.
Ceux qui sont de complexion mélancholique et qui usent d’aliments qui engendrent cest humeur sont sujets au chancre ».

Le grand chirurgien français recommande l’extirpation du cancer » par l’œuvre manuelle du chirurgien si le chancre est petit ». Dans les autres cas, on préférera un traitement palliatif par l’emplâtre : « de petits chiens ou chatons, nouvellement naiz, ou pigeonnaux, poulets, ou autres animaux semblables, coupez tous vivants le long de leur corps, et soudain appliquez sur l’ulcère.

Le sang circule

En 1615, l’anglais Harvey découvre la circulation du sang.
Les premiers microscopes, mis au point en 1660 à 1665, permettent d’affirmer l’existence de « vaisseaux capillaires » et même de « globules rouges ». Mais ces découvertes, très controversées, ont très peu de conséquences sur la pratique de la médecine jusqu’au début du XIXe siècle.

Le XVIIIe siècle est celui de la variolisation et de la vaccination.
En 1796, l’Anglais Jenner découvre que le cow-pox protège de la variole et vaccine son premier sujet.

Cependant, au début du XIXe siècle, la médecine est encore nettement galéniste. « Saigner et purger » reste l’obsession thérapeutique. Pour perfectionner la méthode, on remplace la lancette par les sangsues.
À partir du XVIIe siècle, et à la suite de la découverte de la circulation lymphatique, nombreux sont les médecins qui pensent que le cancer résulte d’une affection de la lymphe. Ces théories lymphatiques restent des théories humorales dans lesquelles l’affection de la lymphe a remplacé celle de la bile noire.

Outre les théories lymphatiques, le XVIIIe siècle voit se développer un certain nombre de théories infectieuses sur l’origine du cancer. Le cancer devient le nouveau fléau contagieux après la lèpre et la peste.

En 1740 s’ouvre à Reims le premier « hôpital des cancères » qui recueille les malades exclus de la communauté.

En 1773, Bernard Peyrilhe émet, le premier, l’hypothèse d’une origine virale du cancer ; la propagation du virus se ferait par les voies lymphatiques.
C’est à l’extrême fin du XVIIIe siècle également que Xavier Bichat et quelques disciples (Laennec, Bayle, etc.) abandonnent véritablement les théories humorales et font du cancer une maladie des tissus (théories histologiques). Pour Bichat, les tumeurs sont constituées de « tissus accidentels » analogues aux tissus normaux. Laennec précise « que tous les tissus peuvent donner naissance à des cancers ». Cruveilhier (suivant Laennec) définit le cancer comme étant « une transformation de nos tissus en tissu morbide, tissu parasitaire vivant d’une propre vie ».

En 1829, Récamier parle de « métastases cancéreuses ». Cependant, en ce premier quart du XIXe siècle, la théorie des humeurs garde encore de très nombreux partisans.
En 1842, Beauvoisin écrit : « Le remède beaucoup vanté contre le cancer, et qui, aujourd’hui encore, continue à être employé d’une manière routinière dans cette maladie, c’est la ciguë ».

De mi-XIXe à mi-XXe siècle

La médecine une science ?

“Il est facile de voir maintenant que le microscope ouvre un champ étendu à l’investigation du médecin, et qu’il a fourni les caractères qui différencient le mieux le cancer des autres produits morbides” (Pauly – Thèse de doctorat, 1847).

Vers le milieu du XIXe siècle, la médecine scientifique et expérimentale s’impose de plus en plus et tente de se substituer à la médecine spéculative. Avec les travaux des Français François Magendie et Claude Bernard, de l’Allemand Rudolf Virchow, la recherche médicale devient de plus en plus l’affaire du laboratoire.

Le microscope, connu depuis longtemps mais suspecté de « déformer la réalité », devient l’instrument privilégié de toute recherche en anatomie pathologique. La « pathologie cellulaire » de Virchow est la première pathologie scientifique après la pathologie rationnelle d’Hippocrate.

Avec l’anatomie microscopique s’ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de la connaissance du cancer. La théorie humorale, vieille de plus de deux mille ans, compte de moins en moins d’adeptes : le cancer devient une maladie de la cellule (théories cellulaires).

Déjà en 1834, l’Allemand J. Müller déclarait : « Du point de vue des éléments microscopiques et de la formation, la structure des tumeurs de bonne nature ne diffère pas du tout de celle du cancer”. Contrairement aux adeptes des théories histologiques, Müller pense qu’il n’existe pas de différences entre « tissu normal » et « tissu cancéreux ».

Des germes et des cellules

La chirurgie opératoire progresse grâce à de nouvelles techniques : l’anesthésie à l’éther après 1846, au chloroforme après 1847 ; l’antisepsie chimique après 1867, puis pasteurienne après 1880.
Le chimiste français Pasteur (1822 – 1895) formule sa « théorie des germes » en 1878. On entre dans « l’ère bactériologique ».

Après 1880, on identifie les germes de nombreuses maladies : malaria, tuberculose, diphtérie, tétanos, peste, syphilis, etc.…

« Toute cellule naît d’une autre cellule » (Virchow, 1853). La formation des tumeurs résulte de la « segmentation » des noyaux et de la « multiplication » des cellules (Virchow, 1858). La mutation cancéreuse de la cellule résulte « d’actions irritatives ou de stimulations locales ». La généralisation du cancer est le fait de « sucs provenant de la tumeur et exerçant une action analogue à celle d’une semence » (Virchow, 1867).
En 1886, le Français Louis Bard démontre que « les cellules filles sont de même nature que les parentes ». Le cancer est une maladie de la cellule. On entrevoit les mécanismes de sa généralisation, mais une question fondamentale reste posée : comment la cellule devient-elle cancéreuse ?
Après la « théorie des germes » de Pasteur, nombreux sont ceux qui veulent découvrir un « microbe du cancer ». Les théories parasitaires et infectieuses, quoique très controversées, retrouvent crédit jusque dans les années 1930.

« La théorie bactérienne est actuellement jugée et tout le monde est d’accord aujourd’hui pour ne considérer la présence de bactéries dans les tumeurs malignes que comme le résultat d’une infection secondaire ou d’une erreur de technique » (Gazin, 1894). « Le cancer est produit par la pullulation excessive d’éléments embryonnaires qui arrivent à constituer des tumeurs plus ou moins volumineuses (Galtier, 1912).

« Le cancer est-il dû à un micro-organisme spécial ou bien n’est-il qu’une déviation dans l’évolution normale des cellules qui composent nos tissus ? C’est là une des questions les plus brûlantes de la médecine moderne » (Hue, 1892).

« Nous ne savons rien du cancer en lui-même, la discussion reste ouverte entre ceux qui croient à une maladie parasitaire et ceux qui croient à un simple trouble de l’évolution cellulaire dont la cause nous échappe » (Barey, 1920).

Les partisans de l’infection poursuivent des recherches expérimentales pour démontrer la « transmissibilité » ou la « contagiosité » du cancer.

À Montpellier, fin XIXe siècle, le docteur Hyvert rend compte d’expériences faites à l’hôpital Saint-Paul : après ablation de tumeurs cancéreuses, il en extrait « un suc cancéreux » qu’il inocule, injecte ou greffe à des lapins. Certains de ces animaux meurent, d’autres survivent.

Le cancer est-il contagieux ? En 1928, encore, on hésite : « Sans être en mesure de trancher la question de manière irrévocable, en l’état actuel de nos connaissances, nous estimons que le cancer n’est pas contagieux » (Lumière, 1928).

Depuis le début du siècle (1903), Borrel multiplie les expériences pour démontrer qu’un virus peut être à l’origine du cancer.

Les hypothèses se multiplient sur les causes du cancer : « Est-ce le terrain modifié par les travaux d’art, les cultures, les conditions nouvelles de vie, ou l’alimentation modifiée, beaucoup de viande, de cidre pris dès l’enfance et en quantité ? » (Foveau de Cournelles, 1931).

Les partisans de « l’évolution cellulaire » n’ont plus de certitudes sur les mécanismes de la cancérisation : « Le parasite est un élément constituant de l’organisme, une cellule épithéliale douée, on ne sait pourquoi, de véritables propriétés infectantes » (ménétrier, 1909).

Reprenant les leçons de Virchow, le docteur Ménétrier écrit : « Il nous paraît que les processus de prolifération néoplasique et de migration cellulaire sont la manifestation de propriétés générales dont sont capables toutes les cellules de l’organisme dans certaines circonstances, un mode de leurs réactions à un certain degré d’excitation ou d’irritation » (1909).

De la fin XIXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale

Les rayons éclipsent la ciguë

Dès lors que le cancer devient une maladie cellulaire et qu’on entrevoit la possibilité d’une destruction sélective des cellules cancéreuses, les thérapeutiques traditionnelles s’enrichissent de nouveaux moyens d’action.

1895 : Röentgen découvre les rayons X.

1896 : Becquerel met en évidence la radioactivité.
1898 : Découverte du radium par Pierre et Marie Curie.

1899 : Premier cas de cancer cutané traité avec succès par la radiothérapie (rayons X).

1934 : F. et I. Joliot-Curie fabriquent des radio-éléments artificiels.

Radiothérapie et radium-thérapie viennent au secours de la chirurgie traditionnelle.

Les interprétations parasitaires et infectieuses sont à l’origine de recherches thérapeutiques originales : la vaccinothérapie, la sérothérapie.

En 1895, Richet et Héricourt essaient de guérir le cancer au moyen du sérum d’ânes, de chevaux, de chiens, préalablement inoculés avec du « suc cancéreux ». En 1903, Doyen prétend avoir réussi à isoler et à cultiver le microbe du cancer et avoir mis au point un vaccin et un sérum anticancéreux.

Ces tentatives ne donneront jamais de guérison attestée. Elles sont vouées à l’échec ou à l’oubli, voire à poursuites judiciaires pour escroqueries comme dans le cas Doyen.

Finalement, en 1909, Ménétrier affirme que : « De tous, le moyen le plus sûr est l’extirpation chirurgicale ». Il rappelle que pour les cancers superficiels on peut aussi cautériser par « l’acide chromique, la potasse caustique, la pâte de cuivre ou l’acide arsénieux ».

Après la Seconde Guerre mondiale

La cellule démasquée

À partir des années 1950, les recherches en biologie cellulaire et moléculaire permettent d’entrevoir les mécanismes de la multiplication cellulaire et de percer les secrets du codage génétique.

1959 : Anfinsen établit la séquence des 24 acides aminés de la ribonucléase.

1960 : Monod, Lwoff et Jacob montrent le rôle de “l’A.R.N. messager » dans la synthèse des enzymes et de virus.

1964 : Le chirurgien anglais Burkitt accuse un virus d’être à l’origine d’un cancer.

Epstein et Barr identifieront ce virus.

Naissance de la chimiothérapie : pendant la seconde guerre mondiale, Alexander, médecin d’un bateau qui transportait 100 tonnes de gaz moutarde » (Ypérite) coulé en décembre 1943, découvre l’action toxique de cette substance sur les cellules du sang des marins qui survécurent : la chimiothérapie était née. Elle empêche les cellules cancéreuses de se diviser et donc de proliférer.

Dès 1964, on traite 160 cancéreux par la « moutarde azotée » (dérivé de l’hypérite).

1950 : Premières applications cliniques de la bombe au cobalt radioactif.